Pourquoi faut-il sauver les murs de pierres sèches ? Mortagne est classé comme un village naturel, notamment en raison de son église, de son circuit des croix et des fontaines, mais également renommé pour ses murs de pierres sèches, appelés aussi restanques. Ces murs, autrefois entretenus, se sont, au fil du temps, éboulés, ont disparu sous la végétation et ont été utilisés pour des constructions de maisons. Cependant, c’est un patrimoine qui se doit d’être remis à l’honneur, et dont les origines lointaines méritent d’être contées.

Tous ces murs sont bien sûr l’œuvre des hommes et datent pour certains de plusieurs dizaines de siècles. Mortagne a bien sûr une présence humaine, préhistorique ? Romaine certainement. Les restanques sont édifiées dans des régions montagneuses, pierreuses, ingrates par leur terre. En effet, celles-ci sont le travail acharné de l’homme sur de nombreuses générations, un travail fastidieux devant être effectué pour obtenir un lopin de terre suffisamment dépierré pour pouvoir effectuer des semailles, et ne pas mourir de faim. La France était jusqu’au 19ème siècle à 90% agricole.

Toutes ces pierres sorties de terre et des friches ont servi à construire des maisons, mais aussi à élever des murs de soutènement, façonnant des terrains pentus en terrasses grâce à des murs plus ou moins hauts pour retenir la terre. Ces murets sont maintenus sans mortier ni liant. Cela requiert dextérité et savoir-faire. Ces murs de pierres sèches ont tous une histoire ; on peut parler de la « mémoire » des murs, faite de drames, de joie, mais aussi d’un travail acharné qui ne doit pas, ne peut pas nous laisser indifférent. Ces murs font partie du paysage en le modelant, et créent une « atmosphère » aussi de protection.

Quand ces murs sont nettoyés, remis en service, ils apportent aussi un bénéfice pour l’environnement, les cultures. Dès les premiers rayons de soleil, ils emmagasinent la chaleur du soleil, la restituant le soir et la nuit. Le « travail » nécessaire pour rénover ces murs de pierres n’est pas insurmontable, l’entretien qui suivra anecdotique, pour un plaisir immédiat des yeux, personnel et un patrimoine remis en valeur.

À Mortagne, on trouve aussi de nombreuses « pierres plantées » ou palis, beaucoup tombées, recouvertes par la terre. Ces pierres servaient à délimiter un terrain, pour renforcer une palissade. Tout comme l’homme, ces petits menhirs se doivent d’être debout, figures de solidité et de résistance face à l’adversité. Ces pierres ont un rôle de rééquilibrage magnétique de notre environnement immédiat. Cette « présence » peut aussi nous faire nous retourner, comme si on était observé. J’invite chacun, si vous avez de telles pierres chez vous, à leur redonner leurs fonctions d’origine, en apportant en plus une touche d’élégance à votre jardin, à votre allée.

La naissance de la conscience est née de l’effondrement de l’esprit. L’homme s’est affranchi des dieux, mais s’est retrouvé face à lui-même et sans échappatoire. La raison et l’expérience devraient le rendre plus humble et plus sage. Le choix d’avoir un pied dans le monde de la conscience et un pied dans le monde de l’esprit sera peut-être son salut.

Bernard Plancher